War Of The Arrows — Kim Han-Min, 2011. Le shotgun est passé de mode.

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Je me suis dit un jour qu’il fallait que j’arrête d’acheter des DVDs sur un simple instinct. Et puis j’ai vu War Of The Arrows… Et The Woods, aussi. Donc j’ai continué.

Vois-tu, lecteur, le cinéma sud-coréen n’est pas toujours une avalanche de thrillers violents post-Old Boy et de drames soporifiques à là je-ne-citerai-personne (encore que ces deux pôles suffisent à rendre leur cinéma bien plus encourageant que leur musique). Alors souvent, un ou deux films excellents sortent de l’énergie d’un réalisateur inconnu, qui tombera ensuite dans l’oubli.
Parfois encore, un film, mélodrame martial d’époque, fort succès en son temps, continue d’influencer l’industrie de son pays. Ce film, c’est Bichunmoo, et on n’en parlera pas aujourd’hui. Enfin, pas trop, je vais essayer. Retenez qu’il a en tout cas servi de modèle à War Of The Arrows, c’est certain.

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War of The Arrows commence comme son aîné par le massacre de la famille du héros et quelques autres coïncidences scénaristiques, puis s’en démarque par l’abandon des techniques hongkongaises que celui-ci distillait dans ses combats et sa mise en scène. Ici, pas de décadrages stylisés ni de pirouettes conjuguées des acteurs et de la caméra. Pas non plus son autre facette, le mélodrame qui y était central (oui j’ai dit que je parlais pas de Bichunmoo mais c’est un super film, comprenez-moi). Là, on est dans un véritable film d’action.

Attention, éventuel spectateur frileux à l’évocation de ce terme ! Malgré une histoire relativement attendue pour un habile mélange entre action et film d’époque, le scénario n’est aucunement prétexte, portant une construction originale et inattendue. Film d’action certes, mais (comme bien plus souvent qu’on ne le pense), avant tout film de personnages qui soigne son déroulement et place soigneusement ses enjeux avant toute envolée martiale.
Les personnages sont habilement introduits, notamment ce héros mystérieux, silencieux et froid, mais malgré tout bien connu, par une longue introduction à base de trauma familial — bonjour ici la Corée on vit mal notre séparation (nan sérieux citez-moi un seul film coréen qui n’aborde pas le sujet de la famille). Il est recueilli par un oncle, un beau-frère ou je sais plus quoi on s’en fiche, et s’installe doucement une situation familiale un tantinet houleuse.

Et les mandchous attaquent, voyant Nam-Yi (c’est l’archer principal) enchaîner les moments de bravoure bestiale patriotiques, qui cachent en fait un certain égoïsme, puisque sauver sa sœur est quand même sa principale motivation, pour ne pas dire sa seule (dois-je encore insister sur la qualité de la caractérisation des personnages ? Ah c’est beaucoup, d’accord).
Mais surtout, à partir d’un moment, le film, c’est Rambo. Traque d’un homme, contre des poursuivants acharnés qui reconnaissent sa valeur mais (ou plutôt donc) cherchent à l’éliminer. Guerrier discret et malin, quoique violent, il est doublé d’un excellent archer qui touche toujours sa cible, maîtrise étonnamment les trajectoires courbes, et démontre même une technique de tir de demi-flèche à l’aide d’un guide en bambou que j’y connais rien mais ça a l’air super difficile.

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Les affrontements sont réellement impressionnants : au corps à corps, chaque duel est vif et épique, mais vous vous en doutez, ce qui intéresse notre réalisateur est le combat à l’arc.
La mise en scène ne se pose presque jamais, reste toujours sous tension, mais ralentit dès qu’un arc est dégainé : le temps s’interrompt, sans abuser de ralentis qui chercheraient à prouver la virtuosité de ses protagonistes : ce n’est pas l’angle pris ici, et ça change des imitateurs de John Woo.
Ce n’est pas la plus grande invention du siècle, mais beaucoup de tirs de flèches sont suivis, ou filmés en gros plans, tout en 3D bien sûr. Et là encore, le dosage est parfait. Les rares ralentis sont utilisés sur ces plans là, justement, et nous font retenir notre souffle très brièvement.
J’ai parlé de 3D ? Quoi, comment ça le tigre ? Ah oui y’a un tigre. Bon, on fait tous des erreurs hein.

Le rédacteur de la jaquette du DVD nous parle d’ « un sens rare de l’espace », et c’est tout à fait ça. Chaque plan est parfaitement raccordé, on sent tout de suite notre place malgré des sautes assez abruptes et surtout une vitesse de montage à faire pâlir Jason Bourne, preuve qu’on peut abuser de la caméra épaule et monter un poil trop vite, quand le découpage est si parfaitement soigné.

La musique ? Voilà bien le point faible : elle est totalement attendue, et quand bien même ce ne serait pas un défaut en soi, elle n’est jamais inspirée et a l’audace de quand même prendre de l’importance. Ennuyeuse, mais pas suffisamment oubliable pour être pardonnée.


L’éditeur, l’inconnu Antarctic, sous la bannière aventi, nous offre un fourreau brillant dans les tons verts magnifique, qui est sûrement pour beaucoup dans mon achat intrigué.

Tiens, le résumé ne spoile pas et se contente de présenter le contexte. Bon il se trompe un peu, mais au moins, aucun risque à le lire avant visionnage.
Mieux ! Pour une fois, le petit paragraphe vendeur du dessous n’exagère pas : Il est, comme toujours, fort mélioratif, mais sans tomber dans le survendage d’un navet, ni les dithyrambes inutiles réservées aux films déjà cultes.
Je tiens à mentionner les sous-titres, qui complètent les dialogues aux moyens de précisions historiques, qui certes ajoutent un peu au mélo, mais sont utiles pour qui ne connaît pas le contexte politique, c’est-à-dire nous, pas très au fait des invasions mandchoues de la Corée (enfin je sais pas vous mais moi j’aurais pas reconnu).

En plus, le DVD propose 5.1 et 2.0 pour les deux langues. Ça manque de bonus (un making-of sans explications où tu vois juste une grue qui se balade, sans intérêt), mais en dehors de ça, c’est un sans faute ! Bel exemple et très attrayant.

Lucas

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