Karaté à mort pour une poignée de soja — Wang Yu, 1970. Rien à dire sur ce titre.

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Je suis tombé il y a quelques jours sur ce film intéressant : La Vengeance du Tigre (plus sobrement intitulé « The Chinese Boxer » à l’international, ou encore comme dans le titre de cet article alors qu’il n’est bien sûr jamais question de soja), écrit et réalisé par l’acteur Jimmy Wang Yu, que j’appellerai simplement Wang Yu parce que c’est son vrai nom.
Nous voilà devant un pur film de la Shaw Brothers, compagnie qui a dominé les années 70 à Hong Kong et qui, pour faire simple, est spécialisée dans les films de sabre (les « Wu Xia Pian », oui je t’ai entendu toi au premier rang, mais calme toi, les gens vont pas suivre). À ce que je lis, il s’agit du premier film important à faire se battre ses protagonistes à main nue, donc il a visiblement une grosse importance historique, mais je ne m’attarderai pas dessus.

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Anticipation of the Night – Stan Brakhage, 1958. Cauchemar ou réalité ?

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Les éditions re:voir entament leur transition vers le Blu-ray avec un superbe combo Blu-ray/DVD. Il s’agit d’Anticipation of the Night (1958) de Stan Brakhage. La dernière fois que ce film a été édité en France, c’était déjà par re:voir, en VHS à l’époque, et la différence de qualité d’image est flagrante.

Le film est muet et ne dure que 38 minutes. Il s’agit d’un film à la fois angoissé et angoissant. Comme un film de Jonas Mekas, genre home-movie, mais dans une version bien plus sombre et pessimiste.

Stan Brakhage nous invite ici à partager sa vision du foyer, de la famille, en somme de la vie d’un adulte, qui semble être une vision plutôt angoissée, mélancolique.

La puissance du film lui est conférée par son rythme interne, qui alterne avec justesse entre jour et nuit, intérieur et extérieur.

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De longs travellings de nuit, sur la route, où seule la lumière des réverbères atteint le capteur de la caméra, jonchent le film. Le cinéaste prend la route, s’enfuit, puis revient, à chaque fois, vers la maison, le jour et la lumière. Le film, comme cela, fonctionne en oppositions constantes. Le rêve contre la réalité ? Ou bien le cauchemar contre la réalité ? On ne sait pas. Seul indice la perception visuelle du cinéaste. Car au son, il n’y a rien, silence total… Un silence qui nous plonge dans un monde étrange, presque irréel, cauchemardesque.

Dans ce cocktail d’angoisse, il y a comme seule présence humaine (outre l’ombre du cinéaste) celles d’enfants. Un bébé, des enfants qui jouent, des enfants qui dorment. La beauté de l’innocence face au tourment de l’homme adulte qu’est Stan Brakhage.

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La porte de la maison s’ouvre et se referme sans arrêt, comme la frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Il s’agit d’un espace familier, entre le foyer, lieu joyeux, et l’ailleurs, bien plus angoissant. Comme une peur de l’inconnu et du temps qui passe.

Les plans sont filmés à l’épaule, avec beaucoup de mouvement, et sont parfois répétés. C’est le cas d’un des premiers plans du film (image ci-dessous), qui devient un des plus récurrents. L’ombre du cinéaste traverse la percée de lumière, un coup dans un sens, un coup dans l’autre. Et de nouveau, avec le plan retourné. Brakhage semble comme perdu, perdu dans sa noirceur et ne sait où aller. Il divague, souhaite s’enfuir dans la nuit noire mais revient sans cesse, à cause des enfants qui dorment, sans doute. Ce cycle, simple mais efficace, se répète jusqu’à donner la sensation que le cinéaste devient fou.

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Vers la fin, on perçoit une main attachant une corde à une branche d’arbre. L’ombre d’un homme pendu se balance. Peut-être celle du cinéaste, qui, perdu dans son cauchemar, tente de se réveiller.


En plus du doux boitier cartonné, ce combo Blu-ray/DVD est accompagné d’un très riche livret français/anglais comprenant analyses autour du film et plusieurs entretiens avec le cinéaste, dont un, assez long et très intéressant, conduit par Scott MacDonald. De quoi ravir les fans de Stan Brakhage et de ce film-là en particulier.

Justin

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Heroic Duo — Benny Chan, 2003. Quand-est-ce qu’on mange ?

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Bien le bonjour !
Après avoir perdu mon temps en conjectures pour trouver un nouveau film qui méritait mon attention, je m’apprêtais à chroniquer le faramineusement sous-estimé La Petite Princesse (ce qui viendra) tout en regrettant amèrement de ne pas m’atteler à un nouveau film hongkongais. Quand soudain, le destin me frappa, comme incarné en mon collègue Justin, me sommant de chroniquer n’importe quoi pourvu que j’abatte de la ligne de texte en rangée de deux cents. « Arrête de te prendre la tête en cherchant difficilement et à tout prix le prochain film par lequel ton propos redéfinirait la vision du public et, par la même, le cinéma tout entier (quelle prétention…) », me dit-il par le truchement de ma propre tête qui a tout déformé et réinterprété. En un mot comme en cent, je m’engage dès à présent à parler d’absolument n’importe quoi, tant que je l’ai visionné avec un peu d’enthousiasme et que, de préférence, il répond à mon incroyable ligne éditoriale qui veut que les acteurs s’appellent Chow, Ng ou Fujiwara.

Et quoi de mieux pour illustrer cette importante décision (hem.) qu’un film, tout simplement, que j’aime pas. Lire la suite

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Doit-on redonner sa chance à Spider Man 3 ? — Sam Raimi, 2007

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Alors, parlons d’un film qui n’a pas besoin de moi pour renaître, voulez-vous ? (J’ai entendu un cynique dans le fond dire que je n’avais encore jamais rien fait renaître ; je tâcherai d’ignorer). Hollywood, même ! D’un coup, le saut dans le grand bain du cinéma mainstream. Le DVD qu’on trouve partout, pas l’obscureté asiatique qu’on voit une seule fois, à 10€ en sale état dans un magasin d’occase parisien, et qu’on hésite à prendre parce que quand même ça se loupe pas, mais c’est cher et y’a plus de carton déchiré que de boîte encore visible. Non, celui-là, en faisant deux foires à tout, on en a un beau pour 2€. Mais je m’égare.

Sam Raimi, sachez-le, est probablement mon réalisateur américain préféré, avec Zemeckis et Spielberg ; Cameron est canadien alors j’ai le droit de l’oublier, héhé. Je pense que malgré tout son succès, il reste fort sous-estimé, et j’espère que ce petit article redorera son blason auprès d’au moins un gusse — ou « une », mais je connais pas le féminin de gusse — qui passait par là.
Je vais tout spoiler, attention ! Les trois épisodes. Je ne cherche pas à conseiller le film, de toute façon, ce n’est en tout cas pas le cœur de ma critique. Je vais aussi, une fois n’est pas coutume, partir un peu du principe que vous avez vu le film avant-hier. Si ce n’est pas le cas, il faudra vous accrocher à vos souvenirs.
Maintenant, si vous n’avez pas vu cette trilogie, regardez la. Si vous aimez la mise en scène, d’action ou pas, ou si vous vous en foutez. Si vous cherchez l’analyse d’un montage soigné, d’un scénario aux personnages simples mais génialement écrits, et l’apport d’une excellente musique seulement dépassée par des effets spéciaux intelligents ou bien si au contraire vous ne voulez surtout pas vous prendre la tête. Ou si même, comme moi, vous êtes au milieu de tout ça !
Ouais j’aime bien ces films.

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Death in the Land of Encantos — Lav Diaz, 2007. Que reste-t-il quand il n’y a plus rien ?

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En février dernier, la maison d’édition Dissidenz Films lançait une campagne de crowdfunding pour financer la sortie en DVD de Death in the Land of Encantos, film de Lav Diaz réalisé en 2007. Après quelques hésitations, c’est finalement sans regret que j’ai participé à cette campagne, car il m’a permis de découvrir un des plus beaux films de Lav Diaz. Lire la suite

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Tai Chi Zero / Tai Chi Hero — Stephen Fung, 2012. N’y a-t-il donc pas de limite au fun ?

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C’est génial ! C’est grandiose ! C’est ultime ! Je ne peux pas mettre de mots sur toute l’avalanche de… Je veux dire tout est là ! Tout ! Les combats, la musique, le steampunk…

Non attendez, il y a quelque chose de traviole. Il y en a trop. C’est le bazar. Essayons de comprendre.

Reprenons depuis le début. Qu’est-ce que Tai Chi Hero ? Tai Chi Zero ? lequel ? Eh bien en fait il s’agit d’un diptyque un peu mensonger, pas autant que Kill Bill mais c’est le même principe : le premier film a beau avoir une vraie fin, l’enjeu principal se déroule en fait sur la totalité des 3 heures 20. Et jusqu’à la moitié du second, on ne le saisit pas parfaitement, l’enjeu, si on ne sait pas à l’avance que nous est racontée là l’histoire du premier disciple de l’école de Chen (qui deviendra le Tai Chi) — confusion relativement fréquente quand les chinois adaptent une telle « légende », pour nous occidentaux pas très au fait de leurs héros nationaux.

Le film commence sur les chapeaux de roues, en pleine bataille épique, avec un héros qui a apparemment des pouvoirs surnaturels incontrôlables. Flash back sur son enfance, alors tu comprends c’est dans le passé, comme le cinéma muet, voilà. Du coup on va pas mettre de paroles. Les gens vont bouger les lèvres et on va sous-titrer. Pendant DIX MINUTES. Premier indice de la démesure inconsciente qu’est la mise en scène des films… Lire la suite

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War Of The Arrows — Kim Han-Min, 2011. Le shotgun est passé de mode.

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Je me suis dit un jour qu’il fallait que j’arrête d’acheter des DVDs sur un simple instinct. Et puis j’ai vu War Of The Arrows… Et The Woods, aussi. Donc j’ai continué.

Vois-tu, lecteur, le cinéma sud-coréen n’est pas toujours une avalanche de thrillers violents post-Old Boy et de drames soporifiques à là je-ne-citerai-personne (encore que ces deux pôles suffisent à rendre leur cinéma bien plus encourageant que leur musique). Alors souvent, un ou deux films excellents sortent de l’énergie d’un réalisateur inconnu, qui tombera ensuite dans l’oubli.
Parfois encore, un film, mélodrame martial d’époque, fort succès en son temps, continue d’influencer l’industrie de son pays. Ce film, c’est Bichunmoo, et on n’en parlera pas aujourd’hui. Enfin, pas trop, je vais essayer. Retenez qu’il a en tout cas servi de modèle à War Of The Arrows, c’est certain. Lire la suite

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